La loi APER photovoltaïque occupe désormais une place centrale dans les projets solaires des entreprises, des collectivités et des propriétaires de sites non résidentiels. Promulguée le 10 mars 2023 sous le nom de loi n° 2023-175 relative à l’accélération de la production des énergies renouvelables, elle fixe un cadre plus direct pour utiliser des surfaces déjà artificialisées, comme les parkings et les toitures, afin d’accélérer le développement du solaire en France.
Le texte répond à un retard bien identifié. En 2020, la France n’avait pas atteint l’objectif européen de 23 % d’énergies renouvelables dans la consommation finale brute d’énergie, avec un niveau situé autour de 19 % à 19,1 % selon les sources citées. La trajectoire nationale vise désormais 33 % d’énergies renouvelables d’ici 2030, avec un objectif photovoltaïque porté à 54 à 60 GW de puissance installée, contre environ 20 GW auparavant. Dans ce contexte, les obligations de solarisation et d’ombrage ne relèvent plus seulement de la stratégie énergétique, elles deviennent aussi un sujet de conformité réglementaire.
Cet article fait le point sur les obligations prévues par la loi APER pour le photovoltaïque, les seuils à connaître, les exceptions possibles, les sanctions applicables et les démarches à anticiper pour éviter les retards ou les surcoûts.
Qu’est-ce que la loi APER photovoltaïque ?
Ce que prévoit la loi n° 2023-175 du 10 mars 2023 pour le solaire
La loi APER, publiée au Journal officiel du 11 mars 2023, a été conçue pour accélérer la production d’énergies renouvelables sur le territoire français. Elle est aussi appelée loi ENR ou loi d’accélération des énergies renouvelables. Son objectif est double, raccourcir les délais de développement des projets et augmenter la capacité de production nationale sans artificialiser davantage les sols.
Pour le solaire, le texte agit à plusieurs niveaux :
- simplification administrative pour certains projets d’énergies renouvelables,
- planification territoriale avec les zones d’accélération définies par les communes,
- mobilisation des surfaces déjà construites ou aménagées, notamment les toitures et les parkings,
- renforcement de l’encadrement pour mieux intégrer les projets dans leur environnement paysager et écologique.
La loi s’inscrit dans la trajectoire de neutralité carbone à l’horizon 2050 et dans la Programmation pluriannuelle de l’énergie. Elle vise aussi à réduire la dépendance énergétique de la France, alors que les produits énergétiques importés représentent encore une part majeure de la consommation nationale.
Les volets photovoltaïques visés : parkings, bâtiments non résidentiels et ombrières
Quand on parle de loi APER photovoltaïque, deux grands blocs réglementaires retiennent surtout l’attention :

- les parkings extérieurs, avec l’obligation d’installer des dispositifs d’ombrage intégrant une production d’énergie renouvelable, principalement des ombrières photovoltaïques,
- les bâtiments non résidentiels, neufs puis existants, avec des obligations de solarisation ou de végétalisation au-delà de certains seuils de surface.
L’article 40 de la loi APER encadre plus précisément les parcs de stationnement extérieurs. Pour les bâtiments, la loi APER complète le dispositif déjà engagé par la loi Climat et Résilience, avec des références au Code de la construction et de l’habitation, notamment les articles L.171-4 et L.171-5.
Depuis les ajustements réglementaires et les textes d’application mentionnés en 2024, il existe aussi une ouverture vers des solutions mixtes combinant photovoltaïque, ombrage et végétalisation, à condition de respecter l’objectif de production d’énergie renouvelable et le cadre applicable au site.
Qui est concerné par la loi APER photovoltaïque ?
Les entreprises, collectivités, exploitants de parkings et propriétaires de bâtiments
Le champ d’application de la loi est large. Sont particulièrement concernés :
- les entreprises,
- les collectivités territoriales et les communes,
- les exploitants de parkings extérieurs,
- les propriétaires de bâtiments non résidentiels,
- les acteurs de l’immobilier tertiaire, commercial et industriel,
- plus largement, les propriétaires fonciers et certains porteurs de projets énergétiques.
Pour beaucoup d’acteurs économiques, la contrainte réglementaire se double d’un enjeu de maîtrise des coûts de l’énergie. Une installation photovoltaïque sur toiture ou sur ombrière peut aussi servir une logique d’autoconsommation, de sécurisation budgétaire et de valorisation du patrimoine.
Quels bâtiments sont soumis à la loi APER ?
Les bâtiments non résidentiels constituent la cible principale. Cela inclut notamment :
- les bâtiments tertiaires,
- les bâtiments commerciaux,
- les bâtiments industriels,
- certains équipements publics ou locaux d’activité non destinés à l’habitation.
Le seuil généralement cité est celui de 500 m². À partir de 2025, les bâtiments neufs de plus de 500 m² doivent intégrer des procédés de production d’énergies renouvelables ou des solutions de végétalisation. À partir de 2028, l’obligation est étendue aux bâtiments existants de plus de 500 m².
Cette logique traduit un basculement clair, les surfaces bâties existantes sont désormais considérées comme des supports prioritaires pour produire de l’électricité renouvelable, plutôt que comme de simples enveloppes immobilières.
Quels parkings doivent installer des ombrières photovoltaïques ?
Les parkings extérieurs existants et les nouveaux parkings concernés
L’obligation vise les parcs de stationnement extérieurs dépassant certains seuils. Sont concernés :

- les parkings extérieurs existants au 1er juillet 2023 de plus de 1 500 m²,
- les nouveaux parkings dont la demande d’autorisation d’urbanisme a été déposée à compter du 10 mars 2023.
Le périmètre du parking ne se limite pas aux seules places tracées au sol. Le calcul de surface inclut aussi :
- les places de stationnement matérialisées,
- les voies de circulation,
- les espaces de manœuvre,
- les cheminements piétons ou cyclistes desservant le parking.
Sont exclus du calcul les éléments qui ne relèvent pas directement du parc de stationnement, par exemple une rue ou une avenue traversante séparant deux zones de parking, ainsi que certains espaces verts distincts.
Les règles pour les parkings adjacents et la mutualisation
La loi prévoit un mécanisme utile pour les sites complexes, la mutualisation entre parkings adjacents. Lorsque plusieurs parkings se touchent ou fonctionnent comme un ensemble, y compris avec des gestionnaires différents, les travaux peuvent être mutualisés.
La condition centrale reste la même, il faut respecter 50 % de couverture sur la superficie totale des parkings pris ensemble. Cette mutualisation doit être justifiée, notamment au regard du périmètre, de la répartition des travaux et du résultat final en termes de conformité.
Ce point compte particulièrement pour les centres commerciaux, les zones d’activités, les ensembles tertiaires ou les plateformes partagées où les parkings sont morcelés entre plusieurs exploitants.
Quels seuils de surface et de couverture faut-il respecter ?
Le seuil de 1 500 m² pour les parkings
Le seuil déclencheur pour la plupart des obligations sur les parkings est fixé à 1 500 m². En dessous de cette surface, le parc n’entre pas dans le champ principal de l’article 40. Au-delà, l’exploitant ou le propriétaire doit étudier sa mise en conformité, sous réserve des exceptions prévues par la loi.
Un second seuil à 10 000 m² joue un rôle important, car il détermine les délais de mise en conformité et le montant des sanctions annuelles en cas de non-respect.
Quel pourcentage de parking doit être couvert ?
La règle générale impose de couvrir au moins 50 % de la superficie du parking par des dispositifs d’ombrage intégrant un procédé de production d’énergie renouvelable. Dans la pratique, cela renvoie le plus souvent à des ombrières photovoltaïques.
Des évolutions réglementaires et des interprétations récentes ouvrent la voie à des solutions mixtes. Certaines sources évoquent, depuis 2024 puis avec l’assouplissement attribué à la loi Huwart de 2025, une obligation d’ombrage mixte combinant par exemple :
- 35 % d’ombrières photovoltaïques,
- 15 % de végétalisation.
Cette approche est présentée comme particulièrement adaptée aux sites déjà arborés, aux environnements sensibles ou aux projets où un mix technique apporte une meilleure insertion. Les délais annoncés resteraient inchangés. Dans tous les cas, il faut vérifier la version du cadre applicable au moment du projet, ainsi que les décrets et arrêtés en vigueur.
| Élément | Règle principale | Point de vigilance |
|---|---|---|
| Seuil parking | Plus de 1 500 m² | Calculer toute la surface utile du parc |
| Couverture minimale | 50 % de la superficie | Dispositifs d’ombrage avec production d’ENR |
| Grand parking | Plus de 10 000 m² | Échéance plus rapprochée et sanction plus élevée |
| Bâtiment non résidentiel | Plus de 500 m² | Obligations différentes selon neuf ou existant |
Quel est le calendrier d’application de la loi APER photovoltaïque ?
Les échéances 2026 et 2028 pour les parkings
Le calendrier des parkings repose sur deux dates clés :
- 1er juillet 2026 pour les parkings de plus de 10 000 m²,
- 1er juillet 2028 pour les parkings de 1 500 à 10 000 m².
Selon certaines sources, des possibilités de report peuvent exister dans des cas spécifiques, notamment sous conditions techniques, économiques ou dans l’hypothèse de choix technologiques particuliers. Une mention revient aussi sur un report potentiel jusqu’en janvier 2030 pour des entreprises s’engageant à installer des panneaux solaires européens plus performants, sous conditions cumulatives. Ce point mérite une vérification juridique actualisée avant d’être intégré dans une stratégie de conformité.
Les échéances 2025 et 2028 pour les bâtiments non résidentiels
Pour les bâtiments non résidentiels, le calendrier est distinct :
- à partir de 2025, les bâtiments neufs de plus de 500 m² sont concernés,
- à partir de 2028, l’obligation s’étend aux bâtiments existants de plus de 500 m².
La mise en œuvre concrète dépend de la nature du bâtiment, de son usage, de son état existant et des possibilités d’intégration de systèmes ENR ou de végétalisation. Pour les porteurs de projets immobiliers, ce calendrier impose d’intégrer le photovoltaïque dès la phase de conception, et non en simple option de fin de chantier.
Quelles sont les exceptions prévues par la loi APER ?
Les dérogations techniques, patrimoniales, environnementales et économiques
La loi APER ne pose pas une obligation uniforme sans nuance. Des dérogations sont prévues lorsque l’installation ne peut pas être réalisée dans des conditions acceptables. Les motifs cités incluent :
- les contraintes techniques,
- les contraintes de sécurité,
- les contraintes architecturales,
- les contraintes patrimoniales,
- les contraintes environnementales,
- les contraintes liées aux sites et paysages,
- une impossibilité économique ou une rentabilité jugée économiquement inacceptable.
Ces dérogations ne doivent pas être considérées comme automatiques. Elles supposent un dossier solide, des justificatifs techniques et parfois des avis complémentaires selon la localisation ou le statut du site.
Les cas d’ombrage existant, de végétalisation et de transformation du site
D’autres cas d’exemption sont explicitement évoqués pour les parkings :
- le parking est déjà ombragé sur au moins 50 % de sa surface,
- cet ombrage est assuré par des arbres couvrant au moins la moitié de la superficie,
- le site doit être supprimé, transformé ou réaménagé dans le cadre d’une opération d’aménagement engagée avant l’expiration du délai applicable,
- une solution combinant végétalisation et ombrage peut être admise selon le cadre réglementaire applicable et les évolutions législatives plus récentes.
Dans la pratique, ces exceptions exigent une lecture rigoureuse des textes, car un site partiellement arboré n’est pas forcément exonéré, et une future transformation du parking doit être suffisamment cadrée juridiquement pour produire ses effets.
Quelles sanctions en cas de non-respect de la loi APER ?
Les amendes annuelles selon la taille du parking
Le non-respect des obligations sur les parkings peut entraîner des sanctions annuelles. Les montants le plus souvent cités sont les suivants :
- 20 000 € par an et par parking pour les parkings de moins de 10 000 m²,
- 40 000 € par an pour les parkings de plus de 10 000 m².
Le plafond de 40 000 € est régulièrement mentionné comme la sanction maximale de référence. L’application précise de ces sanctions dépend des textes d’application et des décrets, notamment ceux cités en lien avec 2024. Le caractère annuel change fortement l’équation économique, car un retard prolongé peut finir par coûter plus cher qu’un projet correctement préparé et phasé.
| Taille du parking | Date cible | Sanction annuelle citée |
|---|---|---|
| 1 500 à 10 000 m² | 1er juillet 2028 | 20 000 € |
| Plus de 10 000 m² | 1er juillet 2026 | 40 000 € |
Comment se mettre en conformité avec la loi APER photovoltaïque ?
Les points à vérifier pour savoir si votre site est conforme
La première étape consiste à établir un diagnostic précis du site. Plusieurs vérifications sont nécessaires :
- mesurer la surface réelle du parking ou du bâtiment concerné,
- déterminer si le site entre dans le champ des dates de référence,
- évaluer l’ombrage existant, naturel ou construit,
- identifier les contraintes techniques liées au sol, aux réseaux, à la circulation ou à la structure,
- vérifier les servitudes urbanistiques, patrimoniales ou paysagères,
- estimer la capacité de production photovoltaïque et les scénarios d’autoconsommation ou de revente,
- analyser la possibilité d’une mutualisation avec des parkings adjacents.
Un audit de conformité utile ne se limite pas à la réglementation. Il doit aussi mesurer la faisabilité économique, le phasage des travaux, l’impact sur l’exploitation du site et le modèle énergétique le plus adapté.
Les démarches administratives et techniques à anticiper
Une mise en conformité sérieuse demande d’anticiper plusieurs volets en parallèle :
- qualification juridique du site, pour confirmer l’assujettissement ou la possibilité d’une dérogation,
- études techniques, incluant structure, raccordement, implantation et sécurité,
- démarches d’urbanisme, selon la nature du projet et les prescriptions locales,
- consultation des gestionnaires de réseau pour le raccordement,
- montage économique, avec achat direct, tiers-investissement, location de toiture ou contrat d’autoconsommation,
- planification des travaux pour limiter l’impact sur l’activité du site.
Les communes jouent aussi un rôle croissant à travers les zones d’accélération des énergies renouvelables, définies en concertation avec les habitants. Même si ces zones ne remplacent pas l’analyse réglementaire propre au site, elles peuvent influencer la lecture locale du projet et la fluidité des démarches.
Pour un exploitant, la meilleure stratégie consiste souvent à traiter la loi APER non comme une contrainte isolée, mais comme un levier de transformation du patrimoine. Une ombrière photovoltaïque bien pensée améliore le confort d’usage, protège les véhicules, produit de l’électricité et peut soutenir une trajectoire de décarbonation mesurable. C’est aussi un moyen concret de convertir une surface déjà artificialisée en actif énergétique, tout en réduisant le risque de sanction et la dépendance aux hausses futures des prix de l’énergie.





